Prix Henri Beraldi 2026

Prix Henri Beraldi 2026

Marine Branland, lauréate du Prix Henri Beraldi de la recherche sur l’estampe 2026

Créé en 2023 par le Comité national de l’estampe, présidé par Philippe Sénéchal, l’association Les Amateurs d’Estampes présidée par Joseph de Colbert, et la Chambre Syndicale de l’Estampe, du Dessin et du Tableau, présidée par Christian Collin, le prix Henri Beraldi de la recherche sur l’estampe récompense annuellement une thèse de doctorat sur l’estampe soutenue dans une université française ou un ouvrage (essai ou catalogue raisonné) publié en France.

Pour sa troisième édition, le jury de ce prix, qui comprend en outre Céline Chicha-Castex, Emmanuel Pernoud, Chloé Perrot, Rosemary Piolais, Maxime Préaud, Vanessa Selbach et Valérie Sueur-Hermel, s’est réuni le 12 mars 2026.

 

Le prix a été décerné avec enthousiasme à Marine Branland, professeure territoriale d’enseignement artistique à l’École européenne supérieure d’art de Bretagne à Lorient, pour son ouvrage La gravure en Grande Guerre : donner corps à son expérience (France, Belgique, Grande-Bretagne), paru en 2025 aux Presses universitaires de Rennes, avec une préface d’Annette Becker. Ce livre est issu d’une thèse de doctorat en histoire de l’art préparée à l’Université Paris Nanterre sous la co-direction d’Annette Becker et de Thierry Dufrêne et soutenue en 2013.

La lauréate a mené des enquêtes impressionnantes et de longue haleine dans les collections publiques et les dépôts d’archives en France et à l’étranger. Son travail se distingue par la qualité et la rigueur de sa recherche, mais aussi par la sensibilité avec laquelle elle aborde cette période si particulière de notre histoire. À travers les estampes produites durant la Première Guerre mondiale, son ouvrage éclaire non seulement un moment majeur de l’histoire de l’art graphique, mais aussi toute la dimension humaine et émotionnelle qui traverse ces œuvres. Marine Branland ne s’attarde pas seulement sur des artistes célèbres, comme Forain, Steinlein, Paul Nash ou Frans Masereel, mais elle examine la production d’artistes méconnus, dont les témoignages sont passionnants. Elle scrute les conditions de production (au front, à l’arrière, en exil, dans des camps de détention), d’exposition et de commercialisation de ces œuvres très variées en tenant compte de l’évolution du conflit et des systèmes particuliers de soutien aux artistes mis en place par les gouvernements de ces trois pays alliés. Ses analyses des compositions sont d’une finesse remarquable. L’autrice met en lumière autant la nouveauté des paysages dévastés et des formes modernes de la guerre, sur terre, sur mer et dans les airs, que les jeux avec les références iconographiques issues notamment de scènes religieuses tragiques. Enfin, elle a une attention particulière pour la gravure en tant que métaphore vivante du conflit, les incisions dans le cuivre ou dans le bois renvoyant aux tranchées, les exhalaisons des acides pour l’eau-forte étant des analogues des gaz toxiques.

Ces images, souvent créées dans un contexte de bouleversement et d’incertitude, témoignent à la fois de la violence de l’époque, de la mémoire des événements et du regard des artistes face à la guerre. L’étude menée par Marine Branland nous permet de mieux comprendre comment l’estampe a pu devenir, dans ces années tragiques, un moyen d’expression, de témoignage et parfois même de consolation.


Charles de Tholey (1891-1917), sans titre, album Les Blessés, 1916, xylographie, épreuve d’état rehaussée, 185 x 145 mm, La Contemporaine, Nanterre. © « Collection La Contemporaine »

En couverture du livre de Martine Branland, La gravure en Grande Guerre, avec la xylographie d’Eduardo García Benito, La Pluie, album Ecce Homo, 1917

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